Retour aux origines de la gravure

Profitons de cette période de repos pour retourner à nos origines profondes. Prendre le temps de regarder les traces de nos ancêtres a, en effet, quelque chose de rassurant et de ressourçant.

Je vais ainsi vous parler des premières gravures : celles qui sont immuables, réalisées il y a des millénaires. Elles ont été réalisées dans les dolmens celtes, en pierre, entre 4500 et 2000 av J.-C. (période du Chalcolithique, Préhistoire).

Premières observations

Tout d’abord, il faut savoir que les pierres monumentales des dolmens n’étaient pas visibles depuis l’extérieur du temps de leur emploi, car elles étaient recouvertes de terre et de pierres, formant un tumulus. Ces dalles, parfois ornées de spirales, de losanges, de triangles, voire de boeufs*, formaient ainsi des chambres funéraires.
Celles-ci ont encore une grande part de mystère, car, bâties sur le sol acide du massif armoricain, elles n’ont plus d’ossements. Nous ignorons alors tout du nombre de personnes qui ont pu y être enterrées, ainsi que de leur position corporelle. Et comment pouvons-nous être si sûrs de leur fonction de chambre funéraire ? Car les rares dolmens retrouvés intacts ont révélé contenir des haches, trop longues et polies pour avoir pu être utilisées, et des bijoux de perles. On peut donc, très prudemment, faire un parallèle avec les tombes et pyramides égyptiennes, et en en déduire que ces tombeaux devaient être destinés aux personnes de rang social élevé.

Dolmen de l’île de Gavrinis, dont on voit encore la moitié du tumulus.

Une idée de dimensions

Au IVe millénaire, certains dolmens sont construits uniquement en pierres de granit. C’est le cas de celui de l’île de Gavrinis (Morbihan). Son tertre s’élevait en gradins d’un diamètre de 50 mètres, et sa façade appareillée se développait sur environ 8 mètres de hauteur. 23 dalles sur 29** sont couvertes de gravures : c’est un cas unique en Europe !

En poursuivant, nous découvrons que ces caveaux ont été constamment réorganisés, et construits avec des dalles datant de différentes époques du Chalcolithique (entre 4500 et 2000 av J.-C.). Pourtant, les pierres montrent un décor harmonieux, les motifs se retrouvent d’une pierre à l’autre.

Pierres gravées, à l’intérieur du dolmen de l’île de Gavrinis

Le décor

Justement, approchons-nous, et intéressons-nous au décor gravé. D’ailleurs, est-ce bien un décor, au sens auquel on l’entend aujourd’hui ?

Les constantes du répertoire graphique de ces gravures prouvent qu’il s’agit de représentations codées. Certaines sont figuratives : haches emmanchées ou non, arcs, poignards, bateaux et charrue, crosse… d’autres évoquent le soleil, les vagues, les serpents, seuls animaux en compagnie des bovidés. Enfin, et c’est là le plus intéressant et le plus mystérieux à la fois, une forme d’écusson renversé, portant des « cheveux » et des « oreilles », pourrait représenter la « déesse-mère » : elle est souvent placée de manière centrale.
Ces gravures montrent ainsi que ces constructions ont pu servir de lieux de cérémonie. Il s’agissait de symboles pour relier l’au-delà plutôt que d’un décor à visée esthétique.
Ainsi, la pierre était un intermédiaire précieux, mais pas « soudé » au sol une fois planté. L’essentiel était sans doute d’avoir les décors symboliques, afin de pouvoir continuer à célébrer les morts, et à communier avec le surnaturel.

On comprend alors que ces figurations funéraires répondaient au besoin certain de nos ancêtres de placer, et lier ce qu’ils connaissaient, au centre de quelque chose de beaucoup plus universel et originel. Recentrer leurs racines en situant, ou en ancrant, l’énergie de leur quotidien.

A gauche : Déesse mère du dolmen de l’Ile Longue (Baden) ; au centre : bovidé du dolmen de l’île de Gavrinis ; à droite : motifs géométriques (ou haches ?) du dolmen de l’île de Gavrinis.

La notion d’Histoire de l’Art

Comme les grottes en attestent, la gravure était très répandue depuis la Préhistoire. Elle va de la trace fine laissée par la pointe d’un burin de silex, à des incisions plus profondes dessinant des contours francs et épais.
Certains sites archéologiques présentent même des bas-reliefs. Pour graver, dans les grottes ou sur tout autre support, les hommes utilisaient une pierre, du bois dur, un morceau d’os, ou tout outil coupant. Dans le cas de la gravure d’une pierre constitutive d’un dolmen, nos ancêtres celtes ont pu s’outiller en haches, ciseaux de sculpteur, et maillets.
Ils pouvaient aussi se servir des strates colorées de la pierre pour produire des effets de volume. La gravure faisait ainsi apparaître un contraste, marquant le motif, coloré ! On associait alors sans peine gravure et peinture, pigments et reliefs.

A gauche : outils reconstitués ; à droite : gravure colorée du Mont Bégo, Vallée des Merveilles.

Conclusion

Assurément, ces pierres venues de la nuit des temps invitent au respect, de même que leur mystère suscite la curiosité. On pense trop souvent que ce sont « d’autres hommes » qui les ont créées, ou d’un « autre temps », comme on dit alors. Mais regardons les choses d’un autre point de vue : ce sont nos ancêtres, à tous, de par le monde et son métissage. Lorsque l’on se retrouve devant ces pierres monumentales, on ne peut pas rester indifférent : instinctivement, le respect va de soi.
Allons plus loin, et pensons à nos racines, à notre histoire… ou plutôt… à notre Histoire. Ainsi, notre torse se bombe, nos épaules se décrispent : ça fait du bien, de se dire que l’Humanité a duré tant de millénaires, et qu’elle durera encore longtemps.
Et nous alors, que sommes-nous dans cette Humanité ? Quel rôle choisissons-nous ? Quelle énergie se dégage de nous et qu’avons-nous déjà accompli ? Enfin, quels objectifs profonds portons-nous ?

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* Cela concerne le tertre de Barnenez (Côtes d’Armor), dès le Ve millénaire.
** Certaines de ces dalles étaient issues de constructions antérieures, notamment un monolithe, portant des illustrations de haches, de crosses et de bovidés, provenant de la Table des Marchands, un dolmen à Locmariaquer, dont la pierre principale gravée est exceptionnelle.

Sources & images :